Edito : ne pas confondre suspens et spectacle
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Alors que le Giro, le 1er Grand Tour de la saison s'est conclu hier dans les rues de Vérone, cette édition 2022 laisse un goût amer dans la bouche de nombreux suiveurs, déçus par le scénario offert pendant les trois semaines de course, et si le suspens a été au rendez-vous jusqu'à la dernière étape en ligne, le spectacle lui, était aux abonnés absents.
A défaut de spectacle, du suspens
Si le spectacle est loin d'avoir été au rendez-vous malgré un parcours intéressant sur le papier, le suspens lui était présent jusqu'à la fin, et Jai Hindley et Richard Carapaz ont longtemps été dans un mouchoir de poche. Malheureusement, cette homogénéité de leur niveau a provoqué une course ennuyeuse, où les principaux candidats à la victoire ont attendu le dernier moment pour tenter de créer des différences. Et l'expression, "la course est encore longue" n'a jamais autant bien porté son nom, tant l'attente pour voir la course se débrider n'a jamais été aussi longue. D'ailleurs, on attend toujours, et certains ont peut-être allumé leur TV ce midi pour regarder la 4ème semaine !
En effet, entre "faux train" et attitude défensive, difficile d'être enthousiasmé par le Giro, pourtant souvent plébiscité par les suiveurs et réputé comme la plus enthousiasmante des trois plus grandes courses par étapes du calendrier. Bilan, on s'est ennuyé ferme devant notre écran pour finalement zapper au fil de l'envie entre le Tour of Norway et les Boucles de la Mayenne, deux épreuves qui se sont avérées bien plus captivantes à suivre.
Le miroir déformant de la retransmission intégrale
Le problème lorsque l'on choisit du côté de l'organisation et du diffuseur, de proposer une retransmission en intégralité d'une course, on prend le risque de montrer les nombreux et logiques temps morts, où il ne se passe absolument rien, et comme sur cette édition 2022 du Giro, ceux-ci ont été légion, on pointe du doigt plus facilement l'absence de spectacle, puisqu'on a pu suivre en intégralité la course, et donc les innombrables moments "chiants", où regarder le Giro n'a absolument aucun intérêt, même pour le plus mordu de vélo d'entre nous. Et la question qui se pose est la suivante, aurait-on un regard plus positif si l'on avait pas du subir toute la course, mais seulement la dernière heure, toujours plus riche en rebondissements et en intensité ?
Ré-inventer les parcours, et re-penser la diffusion
Finissons en avec ces longues étapes de plaine de 200 bornes où il ne se passe absolument rien, c'est le voeu pieu de nombreux fans de vélo, qui s'ennuient ferme lors de ces journées de transition où côté spectacle, c'est le néant. Quel est l'intérêt sportif d'une étape comme celle disputée sur 203 kilomètres entre Santarcangelo di Romagna et Reggio Emilia, d'un Kaposvár - Balatonfüred (201k) ou encore de Palmi-Scalea (192k) ? Réduisons ces étapes à 150 kilomètres maximum, et donnons une raison aux baroudeurs d'aller tenter leur chance pour autre chose que la nécessité de mettre en avant les sponsors sur leur maillot, ou alors ne montrons pas la course dans son intégralité, car franchement, un mec qui veut s'intéresser au vélo et tombe sur l'une de ces étapes à mi-course, je ne vois pas comment il peut avoir envie de revenir le lendemain !
Enfin, arrêtons de concentrer toutes les difficultés en troisième semaine, ceci juste dans l'unique but de vendre du suspens jusqu'au bout de l'ennui. De nombreuses courses d'un jour ont su mettre un terme à cette mode d'un final archi corsé pour permettre une course de mouvement, et ce avec réussite dans la plupart des cas, pourquoi pas les Grands Tours ? Pourquoi pas imaginer au moins une fois un "Tour à l'envers", où les plus grosses difficultés seraient situées dans les 10 premiers jours de course avec une seconde partie composée essentiellement d'étapes piégeuses ?
Par Charles Marsault