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[Chronique] Pourquoi j'aime Paris-Roubaix

 

 

Exercice périlleux que d’écrire sur Paris-Roubaix alors que les plus grandes plumes de l’histoire du sport s’y sont largement consacrées. Mieux les plus fines et les plus dithyrambiques d’entre-elles sont aujourd’hui intimement liées à sa grandeur, à sa légende. Paris-Roubaix impose autant d’humilité à ceux qui la courent qu’à ceux qui la content. Ces quelques lignes n’ont donc aucune vocation informative ni historique, elles ne sont que l’humble expression de ma passion pour cette course.

Un conte pour enfant

Paris-Roubaix dépasse le cadre de notre sport. Il est un évènement hors normes, intrigant et fascinant. C'est précisément ce que je me suis dit lorsque je me suis pris de passion pour ce sport un dimanche d’avril 1992, lorsque pour la première fois de ma vie j’assistais à ce spectacle improbable de coureurs venant fracasser leurs vélos sur ces routes d’un autre temps. Paris-Roubaix n’avait rien à voir avec tout ce que j’avais entrevu du cyclisme. Encore moins avec tout ce que je connaissais du sport. De mes yeux d’enfant je n’avais jamais assisté à tel spectacle.


Cette édition 1992 aura donc été le début d’une grande histoire avec ce sport d’une manière générale et cet évènement plus particulièrement. Du déroulement de la course, je n’ai que peu de souvenirs et ceux qui me restent sont principalement liés aux commentaires de Patrick Chêne lorsque Olaf Ludwig s’était dangereusement rapproché de Duclos-Lassalle menaçant de mettre fin à la longue cavale du Français.


Sans réellement comprendre les tenants d’une course cycliste, sans capacité d’analyse sur les tactiques, les performances, je venais à travers mes yeux innocents de basculer dans un monde qui me semblait irréel. J’ai vécu cet après-midi de cyclisme comme un enfant vit le récit d’une histoire merveilleuse, avec tout ce que cela implique d’émotions et d’imagination. A travers ce Paris-Roubaix, un univers fascinant venait de s’ouvrir à moi dans un contexte et un décor à l’aura unique.

Un amour passionnel

Je crois que seule Paris-Roubaix pouvait me faire tomber à ce point-là amoureux de ce sport. Elle en renvoie l’image la plus noble et la plus valeureuse qui soit et son pouvoir d’attraction à travers le monde n’a aucune commune mesure. Pour preuve, dans l’histoire récente de ce sport elle a fait rêver des coureurs issus de pays dont la culture cycliste est relativement récente. L’Australien Stuart O’Grady, le Norvégien Thor Hushovd, l’Américain George Hincapie et bien d’autres… tous ont fait de Paris-Roubaix la course de leur rêve, l’objet de tous leurs fantasmes. Encore récemment, Bradley Wiggins, qui a pourtant connu les émotions de multiples titres de l’or olympique et d’une victoire finale au Tour de France a souhaité terminer sa carrière sur route au printemps 2015 sur le vélodrome de Roubaix, lui qui s’y était pourtant très peu frotté.

Paris-Roubaix les a tous fait rêver et m’a fait rêver au sens littéral du terme. Lorsque le cyclisme s’invite dans mes songes c’est systématiquement et sans exception à travers elle. Et pendant les années suivant cette découverte j’ai attendu le jour de cette course avec une impatience démesurée, presque obsessionnelle.


25 ans plus tard l’excitation, si elle est plus mesurée reste néanmoins toujours aussi palpable à l’approche de l’événement. Un matin de Paris-Roubaix n’est pas un matin comme les autres. Parce qu’il n’existe pas d’autre journée comme celle-ci. Si le Tour des Flandres est la grande messe populaire du cyclisme et le sujet de passion de tout un peuple, il n’est que le dénouement en apothéose d’une longue campagne de courses flandriennes qui aura vu les coureurs serpenter déjà plusieurs fois entre tous les monts de la course. Paris-Roubaix emprunte, elle, des routes qu’on ne voit nulle part ailleurs, exige une performance physique et mentale semblable à aucune autre, oblige des ajustements sur le matériel communs à aucun autre jour de course dans l’année. Cette journée est unique en tout point.

L’intensité des émotions

Unique comme les émotions qu’elle suscite, pendant et après la course. Elle est à la fois la plus belle et la plus traitre de toutes. Les plus grandes joies des vainqueurs répondent aux plus grandes frustrations des malchanceux, le bonheur de ceux qui la domptent fait écho à la douleur de ceux qui y sont tombés.


C’est bien simple il se passe toujours quelque chose sur Paris-Roubaix. Même si certaines éditions sont naturellement moins enthousiasmantes que d’autres il y a toujours un moment fort à ressortir, une intensité toute particulière. Si bien qu’en 25 ans de Paris-Roubaix je peux tirer de cette course bien plus de moments mythiques et chargés en émotion que toutes les autres courses du calendrier réunies : la victoire d’un boyau de Duclos face à Ballerini, la crevaison de Museeuw sur le dernier secteur de sa dernière participation, l’improbable victoire d’Hayman et l’émotion qui s’en est suivi, le désarroi de Georges Hincapie… et tellement d’autres.

1994 : la course d’une vie

Le paroxysme de l’émotion étant sans contestation concentré dans l’édition 1994 remportée par Andreï Tchmil et qui reste encore aujourd’hui la plus grande et la plus hallucinante course qu’il m’ait été donné de voir. Une course que je connais par cœur après l’avoir vu et revu des dizaines de fois et dont je ne me lasse jamais. Rendez-vous compte, il avait plu toute la semaine précédant la course, transformant les secteurs pavés en chemin boueux quasiment impraticable. Les conditions se dégradant encore pendant le week-end avec un thermomètre proche de 0 le matin de la course. La neige s’invitant même au début du parcours. Pierre Chany la décriera comme la plus dure à laquelle il ait assisté.

Tous les coureurs ayant pris part à cette édition et l’ayant terminé sont des héros. Mais 3 coureurs méritent particulièrement l’attention : Duclos- Lassalle et Ballerini (les deux principaux protagonistes de l’édition précédente) qui auront passé des heures à chasser et Andrei Tchmil, vainqueur après un raid de 60km dans des conditions épouvantables.


Les images de la course sont impressionnantes, les faits de course s’enchaînent à une vitesse folle. Les crevaisons, les chutes, les dépannages se multiplient et à chacune d’elles de nouvelles images mythiques : la tranchée d’Arenberg chaotique et la chute de Duclos qui casse sa roue, la chasse de Ballerini qui accuse déjà 2’30 de retard à la sortie de celle-ci, la guerre psychologique entre Museeuw et Tchmil à 80km de l’arrivée, la double crevaison improbable et simultanée de Duclos et Ballerini sur le secteur de Vendeville, le retour de Museeuw à 6 secondes de Tchmil à 25 kilomètres de l’arrivée avant de craquer dans Cysoing, d’abord physiquement, puis mécaniquement avec un problème de dérailleur qui entraînera cette image absurde d’un coureur sur le bas-côté qui n’arrive pas à déchausser tout seul à cause de la boue et enfin ce retour improbable de Duclos Lassalle, Ludwig et Ballerini à la sortie du Carrefour sur le groupe Baldato qui se jouait alors la seconde place. Après une journée de galère (Ballerini expliquera après la course être tombé 3 fois et avoir crevé 5 fois…) les deux premiers de la précédente édition, admirables de bravoure, venaient de s’offrir le droit de disputer le podium derrière Tchmil qui s’impose en solitaire après 7h28 de selle.


Pendant cette course, Duclos est devenu le héros de mon enfance. Alors que je venais de le voir marquer l’histoire de Paris-Roubaix en triomphant des deux dernières éditions c’est peut-être bien de cette édition dont il est sorti le plus admirablement. A l’image d’un Tom Boonen qui n’aura jamais été aussi héroïque que l’an dernier.

A l’image de ce que représente tout simplement Paris-Roubaix, où le jeu compte autant que l’enjeu au moment de marquer les esprits et de s’inscrire dans l’inconscient des amoureux du vélo. Dimanche 9 avril s’écrira une nouvelle page de cette légende à l’occasion d’une nouvelle journée, hors du temps et des conventions, qui récompensera une nouvelle fois la bravoure et le dépassement de soi. Une journée de rêve qui me fait déjà trépigner.

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