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[Témoignage] : Syvain Chavanel vous raconte son Tour des Flandres 2011

crédit photo : David Edgar

 

 

Le Ronde. Ou alors, le Tour des Flandres. Cette course maudite pour les français qui peinent tant à y poser leur empreinte et où il faut remonter à 1992 pour trouver trace d'un coureur tricolore, sur le podium, Jacky Durand, vainqueur surprise au terme d'une échappée fleuve.

 

Ce matin du 3 avril 2011, la nation va se découvrir un Flandrien dont elle n'avait jusqu'alors pas décelé le potentiel, un coureur qui va la faire vibrer l'après-midi, et qui va déjouer les pronostics, s'imposant avec force dans la cours des favoris de la course. Sylvain Chavanel ne connaît alors les flandriennes que depuis peu. En fait depuis 2008, année qui voit son coéquipier Nuyens, alors chez Cofidis échouer à la 2ème place du podium : "C'est l'année où j'ai appris à aimer ces courses Et que je les ai faites pratiquement tous les ans depuis". Il se découvre ainsi une nouvelle capacité, lui le coureur polyvalent par excellence : "Je suis dans une catégorie de coureurs difficile à cataloguer. Bon partout mais pas excellent : je suis pas un pur rouleur, ni un coureur de général. Mais je peux bien sprinter, bien grimper et bien me comporter dans les classiques."

 

Quand débute la course, le rôle du coureur de Quick Step est clair: "Anticiper la course et la dynamiter dans le dernier tiers, voir un peu avant. Mon objectif c'était de suivre les costauds, les seconds couteaux. C'était la génération Cancellara Boonen et forcément il y avait beaucoup d'outsiders derrière. Dont moi".

 

Alors que la course l'élance à l'assaut des monts et des pavés si redoutés, une échappée prend le large au bout de 50 km. Quick Step contrôle. C'est sa course ! L'équipe Belge vient en apôtre de ces courses qui sont en Flandre une religion dont le Tour des Flandres constitue l'un de ses saint-sacrements... L'espace de quelques heures, le temps se fige, et le cyclisme fait corps avec son histoire. Les flandriennes sont bel et bien le dernier lien, le dernier vestige somptueux qui relie le cyclisme "d'antan" avec celui du présent. La foule se presse autour des monts, haranguant ces guerriers des temps modernes, au visage marqué par la souffrance et la poussière qui s'échappe des roues qui les précèdent. Tous appréhendent alors un duel enragé entre les deux monstres que sont Tom Boonen et Cancellara, ogres gargantuesques en devenir sur ces terrains d'avant guerre.

 

Chavanel lui, attend son heure, le scénario de la course lui convenant parfaitement, la forme elle aussi est au rendez-vous : "J'étais vraiment dans un bon jour. Un tour des Flandres c'est la science du placement avant tout. Une mauvaise anticipation à l'approche d'un mont peut venir annihiler toute chance de bien figurer au général. Le Koppenberg, si vous le prenez sous la flotte, si vous avez un petit ralentissement avec un petit coup de patin devant, vous déchaussez. Impossible de repartir et vous faites la montée à pied".


Pas de risque de pluie, le temps est sec et le restera. Et, celui que l'on surnomma fut un temps "Mimosa" profite de la mainmise de l'équipe sur la course : "Il faut savoir que sur ces courses là, tout se joue au placement. C'était bien plus facile d'être devant qu'être avec les seconds couteaux, à batailler et à frotter. C'est beaucoup d'énergie en moins à dépenser. Et puis, si j'aime bien frotter, j'ai aussi conscience de certains dangers quand ça va trop loin."

 

C'est à 70 kilomètres de l'arrivée, au passage du vieux Quaremont que Chavanel plante une banderille, bientôt rejoint, au sortir du Koppenberg ("Hors Grammont, c'est celui qui m'a le plus marqué par rapport à sa pente et au pavé qui est défoncé. C'est ce qu'il y a de plus dur") par quelques outsiders dont le norvégien Edvald Boasson Hagen. Mais le Français est fort. Trop fort, et ses compagnons d'échappée ne parviennent plus à suivre le rythme imposé par le tricolore qui les distance dans le Molenberg : " J'ai produit une accélération et je me suis retrouvé tout seul à 80 km de l'arrivée. Pour moi la course était lancée et j'avais juste à gérer".

 

Un peu plus loin derrière une clameur s'élève dans le public tandis qu'un frisson parcourt l'échine des spectateurs : la guerre est déclarée entre les plus grands. C'est le Suisse Fabian Cancellara qui contre le Belge Tom Boonen, mettant ainsi la Belgique en émoi. Le français est rejoint sur le Leberg. Dès lors, les consignes adressées au coureur natif de Châtellerault sont limpides : ne pas collaborer. Chavanel s'exécute et profite de la situation pour se refaire une santé. Il faut dire qu'au fur à mesure des kilomètres se rapproche le mythe de cette épreuve. Un mythe relégué désormais au rôle de faire valoir, sacrifié sur l'autel d'un parcours plus rentable aux yeux des organisateurs. "Celui qui me faisait le plus vibrer : le mur de Grammont !".

 

Sylvain Chavanel a de la mémoire, et celle-ci n'a pas pour objectif de le rassurer :"A l'approche du mur, je commençais à stresser. Cancellara, c'était le favori numéro 1. Il écrasait toutes les classiques de ce type, et dans ma tête j'avais les images de Boonen qui se faisait sortir sur le Mur de Grammont par lui. Et j'avais peur qu'il me fasse péter." Le poitevin s'accroche et tient bon "C'était limite de la survie". Il faut dire que le suisse, si impressionnant quelques kilomètres auparavant marque naturellement le coup : "Il n'a pas faibli, il a juste monté au train. Auparavant il avait fait un gros effort pour faire péter le peloton. Il avait sans doute besoin de souffler un peu."

 

Cependant, derrière, le groupe des favoris s'organise et comble peu à peu la minute d'écart qui le sépare du duo de tête, pour les rejoindre peu de mètres avant le Bosberg, dernière difficulté du jour qui ne parvient à départager les postulants à la victoire : "Ça a attaqué de tous les côtés. Moi, je me suis mis derrière parce que j'avais l'excuse d'avoir été devant". Les derniers kilomètres défilent tandis qu'approche au loin l'arrivée. Intenable, Cancellara place une dernière attaque, seulement suivi par Chavanel et le Belge Nick Nyuens : "C'est l'instinct qui me fait prendre sa roue". Il s'accroche, mais il est désormais pris entre deux feux : chez Quick Step, il y a une star, flamand parmi les flamands, taillé pour ces courses. Ses coéquipiers se mettent naturellement ou sportivement à sa disponibilité. Chavanel hésite : "J'entends dans la radio que Tom revient derrière Je me retourne et c'est à ce moment-là que Cancellara enclenche le sprint."

 

Un sprint houleux qui s'engage à trois. Déjà un temps en retard du fait de ses atermoiements, le tricolore va hélas échouer à la seconde place. Une histoire de freins : "J'ai manqué d'un peu de confiance par rapport aux forces qu'il me restait. J'ai tenté à droite. Ça s'est resserré. J'avais la place pour passer, mais j'ai eu un peu peur et j'ai mis un coup de frein. Cancellara s'est encore décalé sur la droite et j'ai remis un deuxième coup de frein. Ce sont ces deux coups de freins qui me mettent dedans ". Nuyens, contre toute attente l'emporte. Pas une surprise pour Sylvain : "C'est un coureur très rapide au sprint et c'est le coureur filou par définition, il est très malin. Nuyens, on ne l'avait pas vu de la journée, il courait à contretemps et il a trouvé l'ouverture dans le final...".

 

Peut-on être second d'une telle course, et s'en satisfaire ? Pour autant qui aurait dit en ce matin d'avril qu'un français figurerait sur le podium du Tour des Flandres ? Qu'un Français serait manifestement le plus costaud de tous, seul piégé par la peur et une allégeance à son leader qui lui coûta peut-être la victoire ? En tout cas Sylvain Chavanel, n'a pas douté de ses chances : "Bien sûr que j'y croyais ! On y croit toujours sinon ça sert à rien de prendre le départ d'une course !" Pour autant chez Quick Step c'est la soupe à la grimace : Boonen a échoué, et l'équipe a manqué l'un de ses objectifs majeurs qui lui donnent sa raison d'être au sein du peloton : "À la fin j'étais content mais déçu à la fois. Chez Quick Step, c'est la gagne ou rien du tout, on ne peut pas se satisfaire des places d'honneur : au fond de moi j'étais content, mais je voyais la tristesse autour de moi et je voyais qu'on était passé à côté de quelque chose de grand".

 

Que reste-t-il au désormais vétéran du Team -Direct-Energie ? Un nom et une histoire. Chavanel est né flandrien ce 3 avril 2011, nouant un lien impérissable entre lui et ces courses abruptes, si dures et si cruelles à la fois. Les Belges l'ont adoubé, il fait désormais partie des leurs : "Le public belge a appris à me connaître et m'a apprivoisé. Quand je passe la frontière de Belgique, j'adore. J'aime cette ferveur, c'est du beau vélo, c'est athlétique. Les mecs ils vont au "maillé".

 

Cette 2ème place, un regret ? Manifestement non : "Ça fait loin, et je suis pas quelqu'un qui regarde derrière lui. Mais dans l'ensemble c'est un grand souvenir".

 

Le 2 avril prochain, Chavanel épinglera un énième dossard sur dos et prendra à nouveau le départ du "Ronde". L'histoire d'amour avec le pavé et la Belgique n'est pas terminée.

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