Interview : des nouvelles de...Melchor Mauri

Catégorie : Des Nouvelles de...
Publié le samedi 10 décembre 2016 00:38
Écrit par Mylène Terme

photos : archives Melchor Mauri

 

 

Après Carlos Sastre cet été, c'est un autre vainqueur de Grand Tour que la rédaction de Velo-Club.net a rencontré. Pour notre plus grand plaisir, Melchor Mauri, l'homme qui a battu Miguel Indurain lors de la Vuelta 1991 a accepté de répondre à nos questions. Avec nous il est revenu sur sa carrière, tout en livrant ses impressions sur le cyclisme actuel.

 

 

Bonjour Melchor, avant de revenir sur ta carrière, peux-tu nous dire ce que tu fais maintenant ? Quelle est ton activité principale ?

 

Je dirige une entreprise de Cyclisme Indoor, qui s'appelle Bike Control Melchor Mauri. C'est une compagnie qui pratique le « Spinning », qui est une activité où l'on s'entraîne en salle, en écoutant de la musique. Nous proposons également des formations destinées à l'entraînement des cyclistes.

 

 

Après la fin de ta carrière, tu as été dirigeant de plusieurs équipes, dont un projet d'équipe Andorra-Grandvalira. Peux-tu nous en dire plus sur ce dernier et sur les raisons qui ont fait qu'il s'est rapidement arrêté ?

 

Oui, effectivement, j'ai participé au projet Andorra-Grandvalira, qui s'est malheureusement arrêté pour des questions économiques. Nous n'avons pas pu trouver assez de partenaires afin d'avoir les fonds nécessaires pour continuer.

 

On voit d'ailleurs qu'il y a malheureusement de moins en moins de formations pro en Espagne. Est-ce que cela t'intéresserait de tenter de nouveau ta chance en recréant une équipe ?

 

C'est quelque chose qui me ferait plaisir en effet. Malheureusement, au vu du contexte économique, c'est difficile de trouver des entreprises qui peuvent investir dans le cyclisme. C'est aussi pour cela que j'ai arrêté de chercher.

 

Avant de passer à ta carrière en tant que telle, peux-tu nous dire ce que tu penses du cyclisme actuel ?

 

Je pense que le cyclisme actuel est différent. Avant, à mon époque, une équipe était plus comme une grande famille, et maintenant, pour en avoir parlé avec des coureurs et des mécaniciens, les choses sont différentes. Chacun est là pour faire son travail, et puis c'est tout. C'est donc très difficile à l'époque actuelle de trouver une vrai harmonie au sein d'un groupe. Je trouve aussi que les coureurs enchaînent beaucoup moins de jours désormais. Dans les années 90, on tournait à environ 90-100 jours par saison, et maintenant, j'ai l'impression que la moyenne se situe plus autour de 70.

 

Y a t-il des coureurs que tu apprécies particulièrement dans le peloton actuel ?

 

Alejandro Valverde est pour moi un très grand coureur. Il est présent toute la saison, du début à la fin. Il est très complet, très professionnel. J'aime aussi C. Froome, N. Quintana et « Purito » Rodriguez. Il y a aussi Peter Sagan, le champion du monde, qui est un garçon très spectaculaire.

 

Revenons désormais à ta carrière, qui a eu pour point d'orgue la victoire sur le Tour d'Espagne 1991. Quel souvenir gardes-tu de cette course, où tu avais porté le maillot amarillo du début à la fin de la course ?

 

Pour moi, c'est le moment le plus important de ma carrière sportive. A ce niveau, il y a vraiment eu un avant et un après Vuelta. Après ma victoire, je me suis rendu compte que je pouvais faire beaucoup de choses, et cela m'a donné beaucoup de confiance.

 

Tu avais battu Miguel Indurain, qui a ensuite remporté 5 Tours de France. Quel effet cela procure quand tu penses que tu es l'un des seuls coureurs à l'avoir battu sur un Grand Tour ?

 

C'était une grande satisfaction pour moi, car à partir de là, il a enchaîné avec 5 victoires sur le Tour de France. C'est donc certain que gagner la Vuelta devant Miguel Indurain, c'est encore plus fort que de remporter la Vuelta tout simplement. Surtout qu'il y avait aussi un autre très bon coureur sur le podium, en la personne de Marino Lejarreta.

 

Melchor Mauri, sur la plus haute marche du podium de la Vuelta 1991, et en compagnie de Miguel Indurain.

 

 

Après ta victoire sur la Vuelta, tu n'as pas vraiment réussi à confirmer en faisant d'autres podiums sur d'autres Grands Tours, comment expliques-tu cela ?

 

Après mon succès sur le la Vuelta, j'ai enchaîné en réalisant de bons résultats sur les grandes courses, mais sans pouvoir m'imposer de nouveau. Mon grand problème, c'était de faire face à la montagne, les choses étaient plus faciles pour moi lorsqu'il y avait beaucoup de chronos, mais dès que le parcours se durcissait, cela devenait plus dur pour moi de briller. A cette époque, c'était également plus compliqué de trouver des Grands Tours avec trois chronos individuels, ce qui me convenait au mieux.

 

Lors de tes dernières années, tu as couru pour une équipe portugaise, qu'est-ce qui t'avait décidé de quitter l'Espagne ?

 

En 1998, après ma 2ème place sur le chrono des championnats du monde, j'avais le choix de continuer avec ONCE, ou de partir au Portugal, au sein de l'équipe Lisboa e Benfica. Il y avait une grosse concurrence chez ONCE, et c'était donc l'occasion pour moi d'avoir un rôle de leader, tout en pouvant participer à quelques courses en Espagne. De plus, cela m'a motivé à continuer ma carrière, et j'ai roulé pendant quatre saisons au Portugal.

 

On évoquait la Vuelta tout à l'heure, qui a sûrement été ton meilleur souvenir, mais quel a été le plus mauvais ?

 

Je pense que mon plus mauvais souvenir en tant que coureur remonte à l'année qui a suivi mon succès sur le Tour d'Espagne. Je portais le dossard numéro 1, ce qui était un honneur pour moi. Malheureusement, j'étais très fatigué, et après avoir effectué des examens, je me suis aperçu que j'étais victime d'une infection virale, ce qui m'a forcé à l'abandon. Cela a été très dur de quitter la course alors que j'étais le vainqueur sortant, d'autant plus qu'il y avait beaucoup de journalistes et d'attention autour de moi.

 

Pour conclure, tu as croisé beaucoup de coureurs pendant ta carrière, lesquels t'ont le plus impressionné, et avec lesquels étais-tu le plus ami ?

 

Il y a beaucoup de coureurs qui m'ont impressionné, comme Miguel Indurain, Laurent Jalabert, Claudio Chiapucci, mais aussi Maurizio Fondriest, ou encore Alex Zulle. Ce sont tous des coureurs qui ont marqué l'histoire du cyclisme, ou de mon époque en tout cas. Je n'ai jamais eu de relations compliquées avec les autres coureurs, même si parfois, en course, les choses pouvaient être tendues. Cependant, je n'ai pas non plus noué d'amitié particulière non plus pendant ma carrière.

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