[Récit] Vivian Born nous raconte son Grand Prix d'Ouverture Pierre Pinel

Catégorie : Les Récits
Publié le jeudi 2 mars 2017 18:01
Écrit par Benjamin ARNAUD

 

 

Ce week-end, j'étais donc au Grand Prix Pierre Pinel à Montastruc, notre championnat du monde dans le Sud-Ouest ! C'est la plus grosse course amateur de la région et énormément de gens font le déplacement, notamment mes amis et ma famille. Plus que tout, je voulais répondre à tous ceux qui n'ont pas cru en nous cet hiver suite à nos problèmes financiers, lorsque l'équipe a failli couler quand le sponsor Morning a eu des soucis.

 

Sans Max Massat notre manager qui a tout donné, même parfois de sa poche, il n'y aurait plus d'équipe et certains d'entre nous n'auraient pas été sur un vélo en ce mois de février. Lors du briefing, il nous a motivés. Mais moi, ça faisait déjà quelques mois que j'étais remonté pour cette course (rires).

 

J'avais pour consigne d'attendre que les meilleurs bougent avant le circuit final et rentrer dans un contre si échappée il y avait. Suivre et serrer les dents. C'est ce que je sais faire le mieux et ça aboutit souvent sur un top 15, mais j'espérais mieux sur cette course. Dans la première montée après Bessières, je me suis retrouvé devant, j'ai suivi quelques coups mais je ne forçais pas. Je suis allé voir Léo Menville, mon coéquipier, qui a plus d'expérience : «Je suis vraiment trop bien, je fais quoi ?". Il m'a engueulé "Mais qu'est-ce que t'attends vas-y !". J'ai donc pris l'échappée vers le kilomètre 25 avec lui mais aussi mes ex-coéquipiers vttistes et amis de longue date Clément Jolibert et Arthur Troy.

 

 

Dans l'échappée on était 15-16, ça tournait pas mal et on a vite creusé un écart de 1 minute 30 secondes. Hormis quelques coureurs qui passaient moins, dans l'ensemble on s'entendait bien. Il y avait des mecs expérimentés comme Poulhiès, Castellarnau ou Larpe pour nous gérer. Après le premier passage du mur, on a reperdu du temps, on a dû embrayer et on a perdu 4-5 unités... J'étais bien dans les bosses, je fais 2 ou 3ème au général des grimpeurs sans faire exprès. Mais les bouts droits plats/faux-plats c'était pas la joie avec mes 59 kilos dans la seconde boucle !

 

Dans le petit Tourmalet (kilomètre 100), Clément Jolibert a mis une très grosse accélération car le peloton n'était plus qu'à 30 secondes et Léo ainsi que 3 autres ont sauté. Dans le mur, les meilleurs sont rentrés sur nous (Tarride, Maurelet, Trarieux, Le Court et Saint Martin), j'ai compris que mon espérance de (sur)vie au sein de ce groupe diminuait !

 

J'ai fait l'erreur de passer mes relais alors que je commençais à être cuit, j'aurais dû dire non quand on me demandait de passer.. Le tour d'après, je saute avec Clément qui avait bien roulé. Derrière, je me fais reprendre par Armirail, Gaboriaud, Barbas, Thomas, Koretzky, Torres et Peyroton mais je voyais des étoiles, j'ai bien cru tomber sur le côté en haut du mur (rires). Au final je termine dans le peloton qui se scinde en deux dans le dernier tour, je règle donc le deuxième peloton = 38ème mais aucun regret.

 

 

Au niveau de l'équipe, la plupart ne sont pas encore à leur vrai niveau (blessures, maladies, reprises) donc ce n'était pas un objectif, contrairement à moi. C'était donc positif d'en avoir deux dans l'échappée et on a bien montré avec Léo qu'il faudrait compter sur La Bande en 2017. Il y a encore des réglages à faire niveau placement et surtout confiance pour certains mais ça va le faire, à la fin on termine à 5 dans les 50 : on n'est pas encore devant mais pas à la rue, ça va venir. On avait aussi mis le paquet sur le staff, il y en avait autant que de coureurs ! C'est aussi ça l'esprit chez nous, tout le monde participe et tout le monde participe à sa manière dans la bonne humeur. Et à l'arrivée une ou deux petites vélosophes (la fameuse Cyclist Beer) pour la cohésion !

 

Sur le plan personnel, je suis très heureux d'avoir été à l'avant à domicile, je n'ai jamais autant été encouragé de ma vie, ça fait vraiment plaisir. Je craque à la fin, mais c'est ma première échappée sur une élite contrairement aux mecs qui étaient avec moi. Dans le final j'étais le plus jeune (20 ans), je continue de progresser et ça me fait le moteur terrible ! Je n'ai aucun regret car j'ai tout donné et ce sont des souvenirs uniques. De toute manière quand j'ai vu ma courbe cardiaque le soir, j'ai vu de suite que c'est l'émulation et le soutien du public qui m'ont permis de tenir jusqu'à 3 tours de l'arrivée : aller plus vite ce n'est pas encore possible pour moi, je suis conscient de mes limites.

 

Déjà, je réalise la chance que j'ai d'être là, au départ d'une course comme ça et de me retrouver devant avec des gars comme Poulhiès que je suivais devant la télé plus jeune. Pour moi c'était un niveau inhumain quand j'étais cadet junior, je suis pas comme ces gars blasés à abandonner ou à ne pas tout donner, je sais les sacrifices que je fais pour en arriver là. J'encourage les jeunes à chaque fois à y croire, à leur âge je faisais la fête mais je prenais 5-10 minutes tous les weekends... Tant que je garderais cette fougue et cette fierté d'être là, je continuerai à tout donner sur le vélo et à sprinter pour la 38ème place même si ça en fait rire certains. Et qui sait, peut-être bientôt la gagne en première (sourire).

  • Aucun commentaire sur cet article.